Tolérance zéro dans l'espace public
Le Bénin doit-il légiférer contre les insultes dans la rue?
L’Assemblée nationale du Bénin a déjà posé un jalon important dans la régulation de l’espace public. En effet, elle a légiféré contre certaines inconduites : uriner ou déféquer publiquement, laisser divaguer les animaux dans les rues. Des dispositions qui visent à préserver la salubrité, la sécurité et la décence de nos villes.
Cependant, un autre fléau gangrène nos artères et échappe encore au cadre légal : la violence verbale. Car aujourd’hui, nos rues sont devenues le théâtre d’insultes gratuites, de chamailleries et parfois de rixes entre usagers. Entre zems et automobilistes, entre piétons et motocyclistes, le moindre accrochage se solde par des invectives, des noms d’oiseaux, voire des accusations graves lancées sans preuve, notamment à l’encontre des détenteurs de véhicules administratifs.
Or, cette dérive n’est pas anodine. Elle traduit une perte de repères civiques et alimente un climat de tension permanente. De plus, elle banalise l’injure au point de faire disparaître les excuses et le respect mutuel, socles pourtant indispensables du vivre-ensemble. Dès lors, si la loi sanctionne déjà l’atteinte à la propreté et à l’ordre public matériel, pourquoi ne pas étendre ce principe à l’atteinte à la dignité et à la paix publique par la parole ?
Il est donc temps d’envisager un nouveau dispositif législatif. Un texte qui réprimerait clairement les insultes publiques, les provocations et les incitations à la violence verbale dans l’espace urbain. L’objectif ne serait pas de museler la liberté d’expression, mais plutôt de poser des limites là où la parole devient agression, trouble à l’ordre public et facteur de violences physiques.
Certes, une loi ne suffira pas à elle seule. Il faudra l’accompagner de campagnes de sensibilisation, d’éducation civique dès l’école et d’exemplarité des autorités. Toutefois, l’adoption d’un cadre juridique clair enverrait un signal fort : la rue béninoise n’est pas une arène, c’est un espace de cohabitation qui mérite respect.
Après avoir légiféré contre l’insalubrité et la divagation, le Bénin pourrait franchir une nouvelle étape. Celle de protéger non seulement la propreté de nos villes, mais aussi la civilité de nos échanges. Car une nation qui se veut moderne se reconnaît autant à la qualité de ses infrastructures qu’à la qualité de ses comportements.
YA
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