Gbego à Porto-Novo
Un marché-carrefour où la diversité fonde la « renaissance » commerciale
A Porto-Novo, à une trentaine de kilomètres de Cotonou, s’élève le marché Gbego. Tiré du nom du quartier qui l’accueille et qui signifie « renaissance » en langue Gun, il figure parmi les principaux pôles économiques de la capitale politique du Bénin. Toutefois, l’originalité de Gbego ne réside pas uniquement dans la nature des marchandises qui y sont proposées. En effet, la singularité du lieu tient également à la composition humaine de ses tenanciers, laquelle confère au marché une dimension résolument cosmopolite.
C’est dans ce contexte qu’une mi-journée de septembre 2025 révèle toute la vitalité du site. Sous un soleil ardent, l’artère principale menant à Gbego est bordée de boutiques spécialisées : électroménager, mobilier domestique, plomberie. Dès l’entrée principale, des démarcheurs sollicitent les passants avec insistance. Au-delà de cette animation, trois grandes communautés structurent l’activité commerciale. Les nationaux béninois représenteraient, selon les recoupements effectués, entre 5% et 10% des opérateurs. Les plus nombreux sont les ressortissants nigériens, désignés localement sous l’appellation Haoussa. Viennent ensuite, en termes d’effectif, les ressortissants Igbo originaires du Nigeria.
Au service d’une complémentarité économique
Cette pluralité communautaire s’accompagne d’une répartition sectorielle nettement établie. Ainsi, les nationaux sont majoritairement reconnus pour leur expertise en matière de maintenance. Ils assurent la réparation d’électroménagers, de téléphones portables, d’ordinateurs et d’autres équipements techniques. En revanche, les Haoussa se sont imposés dans le commerce de tissus, de chaussures et d’articles vestimentaires. Quant aux Igbo, ils dominent la vente de téléphones portables, d’électroménager et de matériel électrique, tels que les ampoules, les rallonges et les interrupteurs.
Par conséquent, cette complémentarité repose en grande partie sur des réseaux d’approvisionnement transfrontaliers. Dès lors, les opérateurs disposant d’une plus grande facilité de circulation vers le Nigeria parviennent à drainer les volumes les plus importants de marchandises, tandis que les maintenanciers nationaux répondent à un besoin de proximité et de technicité. Il en résulte une interdépendance économique qui structure l’ensemble du marché.
De l’espace domestique au centre d’affaires
L’espace aujourd’hui occupé par Gbego n’a pas toujours eu une vocation marchande. A l’origine, il constituait la devanture de certaines habitations où s’exerçaient des activités de vente de produits vivriers et où subsistaient des concessions familiales. Avec le temps, cet espace a progressivement été cédé à des opérateurs étrangers, au fur et à mesure que les ayants droit s’éloignaient pour des raisons d’études ou d’installation à l’étranger.
En outre, des commerçants ont été réinstallés sur le site actuel lors du projet d’aménagement d’un parc automobile sur leur ancien emplacement, à proximité de l’ancienne gare ferroviaire de Porto-Novo. C’est ainsi que Gbego s’est affirmé. La spécificité des produits, généralement en provenance du Nigeria ou de Cotonou, et la diversité des communautés qui animent le marché demeurent ses principaux attraits. De surcroît, certains opérateurs y sont installés depuis plus de deux décennies, d’autres s’y sont enracinés en y construisant leur domicile. Leurs enfants, nés à Porto-Novo, y sont scolarisés et maîtrisent les langues locales, ce qui atteste d’un processus d’intégration durable.
Cohabitation, régulation et enjeux de gouvernance marchande
Malgré cette hétérogénéité, la cohabitation entre communautés s’effectue dans un climat globalement apaisé. En effet, il n’existe pas, selon les témoignages recueillis, de stigmatisation fondée sur l’origine nationale. Au contraire, un principe de retenue prévaut : en cas de différend, chaque partie est appelée à faire preuve de mesure afin de préserver l’harmonie collective.
Dans cette perspective, un mécanisme de conciliation a été institué. Chaque communauté tient, une fois par mois, une réunion interne sous la présidence de son représentant. Le cas échéant, les différends sont évoqués puis soumis à une concertation entre les différents présidents afin d’y apporter des solutions consensuelles. Par ailleurs, le lien économique demeure le principal facteur de cohésion. Des achats groupés sont ainsi organisés à Cotonou, au Nigeria et parfois au Niger, ce qui inscrit l’activité de Gbego dans un espace commercial élargi, celui de la CEDEAO.
Cela étant, la concurrence sur les prix demeure une source de tensions ponctuelles, dans la mesure où plusieurs opérateurs proposent des articles similaires. Enfin, le phénomène des démarcheurs, qui influence les affaires, fait l’objet de réflexions en vue de trouver des réponses collectives. En attendant, les commerçants de Gbego poursuivent leurs activités et contribuent, au quotidien, à faire de ce marché un lieu de brassage, d’échanges et de « renaissance » économique.
Youssouf AVOCEGAMOU
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