IMG-LOGO
Accueil Actualités Funérailles au Bénin : les dépenses excessives relancent le débat sur un encadrement légal
Actualités

Funérailles au Bénin : les dépenses excessives relancent le débat sur un encadrement légal

Par LTC Admin - 09/09/2026
IMG

Funérailles et cérémonies familiales 


Entre dérives financières et nécessité d’un encadrement légal, le débat relancé


Le sujet des dépenses excessives liées aux funérailles revient avec acuité dans l’espace public béninois. En effet, lors de la lecture de sa correspondance à l’ouverture de la deuxième session extraordinaire de l’Assemblée nationale, ce lundi 7 septembre 2026, Mgr Clet Fèliho, évêque de Kandi, a interpellé le président de l’institution, Joseph Djogbénou, sur le poids financier insoutenable que font peser certaines pratiques funéraires sur les familles. Au-delà du simple constat, le prélat catholique sollicite l’ouverture d’un « vaste débat national » visant à réglementer lesdites pratiques, à en limiter les abus et, in fine, à protéger les ménages contre les pressions sociales. Si cette interpellation paraît inédite, elle fait pourtant écho à une initiative parlementaire formulée il y a près de dix ans, et dont l’actualité demeure intacte.


C’est dès le 26 juillet 2017 que le député Nazaire Sado avait, avec lucidité, posé le diagnostic. Il avait alors déposé une « Proposition de loi portant interdiction des cérémonies ruineuses et répression des dépenses excessives lors des cérémonies familiales au Bénin ». Dans son exposé des motifs, l’élu établissait une corrélation directe entre la précarité économique des familles et l’ampleur des dépenses engagées lors des deuils, mariages et baptêmes. Il déplorait ainsi que les funérailles se fassent souvent « au détriment des frais pour traiter les malades », et dénonçait une logique où la pauvreté n’empêchait nullement l’endettement, transformant ces cérémonies en « occasions d’endettement et de ruine ». Pour remédier à cette situation, Nazaire Sado entendait actualiser l’ordonnance de 1967 qui, déjà, plafonnait à 10 000 FCFA les dépenses de certains rassemblements et à 20 000 FCFA celles relatives aux mariages, des seuils devenus, selon lui, totalement inadaptés aux réalités contemporaines.


Dans le détail, la proposition du parlementaire se voulait à la fois ferme et pragmatique. Elle prévoyait de fixer un plafond de 500 000 FCFA pour les cérémonies autres que les mariages et décès, et de 600 000 FCFA pour ces derniers. S’agissant spécifiquement des funérailles, le texte proscrivait toute « réjouissance » ou « manifestation fastueuse ou exhibitionniste », et interdisait formellement la consommation d’alcool. Par ailleurs, il limitait à huit jours maximum la conservation d’un corps avant inhumation, sauf dérogation spéciale, et bannissait toute « collecte de fonds ou sollicitation de dons ou présents ». Pour assurer l’effectivité de ces mesures, des sanctions dissuasives étaient envisagées, allant de 100 000 à un million de FCFA d’amende, assorties d’une peine d’emprisonnement de un à six mois. Les réceptions organisées dans l’espace public, tels que les rues, centres culturels ou écoles, étaient également concernées par ces dispositions.


Il convient toutefois de souligner que l’objectif de cette proposition n’était nullement de proscrire les rites traditionnels. Bien au contraire, Nazaire Sado prévoyait leur maintien sous réserve d’une autorisation délivrée par le maire, témoignant ainsi d’une volonté de concilier tradition et modernité. Pour le député, l’enjeu central résidait dans l’adaptation du cadre juridique aux mutations sociales et aux difficultés économiques des citoyens, afin d’éviter qu’ils ne deviennent, faute d’une loi en phase avec leur vécu, de véritables « délinquants juridiques ». Ainsi, près de dix ans après cette proposition et à la faveur de la lettre de Mgr Clet Fèliho, la question demeure entière : comment honorer dignement les morts sans, pour autant, compromettre la dignité et les conditions de vie des vivants ?


Youssouf AVOCEGAMOU

Tags:

Anciens commentaires



Laisser un commentaire

Les champs obligatoires sont indiqués avec *