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Éducation au Bénin : l’école n’a pas échoué, les parents face à leurs responsabilités à l’ère de TikTok

Par LTC Admin - 04/08/2026
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*CHRONIQUE*


*L'ÉCOLE N'A PAS ÉCHOUÉ : LES PARENTS ONT-ILS DÉMISSIONNÉ ?*


*Quand TikTok devient le principal éducateur de nos enfants*


*Par Naïm Akibou Ambassadeur*


*_Il fut un temps où, lorsqu'un enfant rentrait à la maison avec une punition, les parents demandaient d'abord : « Qu'as-tu fait ? » Aujourd'hui, beaucoup commencent par demander : « Qu'a fait le professeur ? » Cette inversion des rôles n'est pas anodine. Elle révèle une profonde mutation de notre rapport à l'autorité, à l'éducation et à la responsabilité. Le professeur est-il devenu le dernier adulte à qui l'on refuse le droit d'éduquer ? Et si la baisse du niveau scolaire n'était finalement que le symptôme d'une crise plus vaste : celle de la famille éducatrice ?*_


*UNE ÉPOQUE OÙ L'ÉCOLE ET LA FAMILLE PARLAIENT D'UNE SEULE VOIX*

Autrefois, l'éducation reposait sur une alliance presque sacrée entre les parents et les enseignants.

À la maison, on apprenait le respect. À l'école, on apprenait le savoir.

L'enfant savait que les deux institutions poursuivaient le même objectif : faire de lui un homme ou une femme responsable.

Lorsque l'instituteur corrigeait un élève, les parents voyaient rarement un ennemi. Ils voyaient un collaborateur.

On disait souvent en Afrique : « L'enseignant est le deuxième père de l'enfant. » Cette phrase résumait toute une philosophie de l'éducation.


*L'AUTORITÉ EST DEVENUE SUSPECTE*

Aujourd'hui, le paysage a profondément changé.

Un professeur hausse légèrement la voix. On parle de traumatisme.

Un élève insulte son enseignant. On évoque une crise d'adolescence.

Le professeur demande le silence. On l'accuse d'autoritarisme.

À ce rythme, bientôt il faudra présenter des excuses à un élève avant de lui donner un devoir de maison.

Nous sommes entrés dans une société où l'autorité doit constamment se justifier, tandis que l'indiscipline trouve facilement des circonstances atténuantes.

L'autorité n'est pourtant pas l'ennemie de la liberté. Elle en est souvent la condition.


*LA THÉORIE DE L'ENFANT ROI : UNE LIBERTÉ SANS BOUSSOLE*

Cette remise en cause de l'autorité s'inscrit dans une évolution plus profonde des modèles éducatifs. Depuis plusieurs décennies, de nombreux spécialistes évoquent la théorie de « l'enfant roi ».

À l'origine, cette approche poursuivait un objectif généreux : rompre avec les violences éducatives, mieux écouter l'enfant, respecter sa personnalité et favoriser son épanouissement.

Mais une idée juste, poussée à l'extrême, finit souvent par produire l'effet inverse de celui recherché.

Dans certaines familles, l'enfant ne reçoit plus d'instructions ; il participe à toutes les décisions.

On hésite à lui dire « non ».

On négocie chaque règle.

On craint ses colères.

On adapte parfois toute la vie familiale à ses désirs.

Le petit prince devient progressivement le roi de la maison.

Pourtant, une famille n'est pas une démocratie où tout se vote. Les parents ont reçu la responsabilité d'éduquer, de guider et parfois de frustrer pour mieux préparer l'avenir.

Les psychologues rappellent qu'un enfant se construit grâce à des repères clairs. Les limites ne sont pas des murs qui enferment ; elles sont des balises qui rassurent. Elles lui apprennent que la liberté s'exerce dans le respect des autres et des règles communes.

À vouloir éviter toute frustration, certains parents privent leurs enfants d'un apprentissage essentiel : celui de la patience, de l'effort, de la persévérance et de la maîtrise de soi.

Le philosophe Jean-Jacques Rousseau rappelait que l'éducation consiste moins à satisfaire tous les désirs qu'à apprendre à les gouverner.

La sagesse africaine exprime cette vérité avec une remarquable simplicité : « L'arbre que l'on ne redresse pas lorsqu'il est jeune sera difficile à redresser lorsqu'il sera devenu grand. »

L'enfant roi devient souvent, malgré lui, un adulte désorienté. Car la vie ne négocie ni les examens, ni les concours, ni les responsabilités professionnelles.

Elle récompense le mérite.

Elle sanctionne l'impréparation.

Elle rappelle que les droits vont toujours de pair avec les devoirs.

Comme le dit avec humour un proverbe revisité : « Celui qui n'a jamais entendu "non" de ses parents finira un jour par l'entendre de la vie... et elle le dira beaucoup moins gentiment ! »

La véritable affection parentale ne consiste donc pas à satisfaire tous les désirs de l'enfant. Elle consiste à le préparer à vivre dans un monde qui ne pliera jamais devant tous ses caprices.


*TIKTOK, LE NOUVEAU PRÉCEPTEUR*

La nature ayant horreur du vide, lorsque les parents renoncent progressivement à leur mission éducative, quelqu'un d'autre s'en charge.

Hier, c'était le grand-père sous le manguier. Aujourd'hui, c'est l'algorithme.

Autrefois, l'enfant demandait :

- Papa, comment faut-il vivre ? Aujourd'hui, il demande à son téléphone :

- Quelle est la prochaine vidéo ?

En quelques secondes, les réseaux sociaux captent davantage l'attention de certains enfants que plusieurs années de conseils parentaux.

Le problème n'est pas l'existence des écrans.

Le problème est leur substitution progressive aux parents.

Un téléphone intelligent ne remplacera jamais une éducation intelligente.

 

*L'ÉCOLE N'EST PAS UNE SALLE DE SPECTACLE*

On demande désormais aux enseignants d'être pédagogues, psychologues, éducateurs, médiateurs, assistants sociaux, spécialistes du numérique... et, si possible, humoristes.

Le professeur doit divertir pour enseigner.

Faire rire pour être écouté.

Captiver comme un influenceur.

À ce rythme, les prochains concours de recrutement exigeront peut-être une chorégraphie avant l'épreuve écrite !

Pourtant, apprendre exige parfois de l'effort.

Lire demande de la concentration.

Réfléchir suppose du silence.

Le savoir ne se télécharge pas comme une vidéo. Il se construit lentement.


*LES PARENTS FACE À LEURS RESPONSABILITÉS*

L'école ne peut réussir seule.

L'enseignant ne voit l'enfant que quelques heures par jour.

Les parents vivent avec lui pendant des années.

Le premier manuel scolaire est la famille.

Le premier tableau noir est l'exemple des parents.

Le premier examen est celui du comportement quotidien.

Lorsqu'un enfant ne connaît plus les limites, ce n'est pas toujours parce qu'il refuse l'autorité. C'est parfois parce qu'il ne l'a jamais rencontrée.


*L'AFRIQUE ET LE RISQUE DE PERDRE SA CULTURE ÉDUCATIVE*

Les sociétés africaines ont longtemps accordé une place centrale au respect des aînés, à l'effort et au travail.

L'enfant appartenait à toute la communauté.

Chaque adulte pouvait rappeler un jeune à l'ordre.

Aujourd'hui, certains parents considèrent cette intervention comme une intrusion.

Pourtant, un proverbe africain rappelle avec justesse : « Il faut tout un village pour élever un enfant. »

Encore faut-il que le village accepte encore d'éduquer.


*CONCLUSION : ÉDUQUER, C'EST PRÉPARER L'AVENIR*

Le philosophe Aristote enseignait que l'éducation est le meilleur investissement pour l'avenir d'une cité. Plus près de nous, Nelson Mandela affirmait que « l'éducation est l'arme la plus puissante pour changer le monde ».

Encore faut-il que cette arme soit maniée ensemble par la famille et l'école. L'école ne remplacera jamais la famille.

La famille ne remplacera jamais l'école.

L'une transmet les connaissances.

L'autre forge le caractère.

Lorsque ces deux institutions marchent dans la même direction, elles bâtissent une nation.

Lorsqu'elles se renvoient mutuellement la responsabilité de l'échec, c'est toute une génération qui vacille.

Au fond, un enfant n'a pas seulement besoin d'un smartphone dernier cri.

Il a surtout besoin d'adultes capables de lui apprendre une vérité essentielle : la liberté n'est jamais l'absence de règles ; elle est la capacité de les comprendre, de les respecter et, un jour, de les transmettre à son tour.

Car éduquer un enfant, ce n'est pas seulement préparer son avenir. C'est aussi préparer celui de toute la société.

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