Coopération sino-béninoise : au-delà des infrastructures, le véritable défi est de construire l’avenir
Mon regard sur un partenariat qui peut transformer durablement le Bénin
Lorsqu’on observe aujourd’hui la transformation du Bénin, une évidence s’impose progressivement : notre pays est engagé dans une dynamique qui dépasse largement la construction de routes, de bâtiments ou d’infrastructures modernes. Derrière ces réalisations se dessine une question beaucoup plus importante : quel modèle de développement voulons-nous construire pour les générations futures ?
C’est précisément à ce niveau que la coopération entre le Bénin et la Chine mérite d’être regardée avec attention.
Pour moi, la coopération sino-béninoise ne doit pas être perçue uniquement comme une relation entre un pays qui apporte des financements et un autre qui bénéficie de projets. Une telle lecture serait trop réductrice. Le véritable intérêt de ce partenariat réside dans ce qu’il peut permettre au Bénin d’apprendre, de produire, de transformer et, progressivement, de compter davantage sur ses propres capacités.
La Chine n’est pas devenue une puissance économique en quelques années. Son expérience repose sur une vision, une discipline, une capacité à investir dans le long terme et surtout une volonté constante de transformer les contraintes en opportunités.
C’est peut-être là l’une des premières leçons que le Bénin peut tirer de cette expérience.
Il ne s’agit pas de copier la Chine. Il s’agit de comprendre ce qui a permis à la Chine d’avancer et de déterminer ce qui peut être adapté à notre propre réalité.
Le Bénin possède des terres, une jeunesse dynamique, une position géographique stratégique, des ressources humaines et un potentiel économique considérable. Mais le potentiel, à lui seul, ne suffit pas. Il faut créer les conditions permettant à ce potentiel de devenir une véritable richesse nationale.
C’est pourquoi la coopération avec la Chine doit progressivement aller au-delà de la logique des infrastructures.
Construire une route est important. Construire une usine l’est également. Développer une zone industrielle est encore plus stratégique. Mais former les jeunes Béninois capables de concevoir, d'administrer, de maintenir et de développer ces infrastructures est peut-être plus important encore.
Le véritable partenariat commence lorsque la construction d’un ouvrage s’accompagne de la construction des compétences.
À mes yeux, c’est précisément cette dimension qui doit désormais prendre davantage de place dans la coopération sino-béninoise : le transfert de compétences, la formation professionnelle, la technologie, l’innovation, l’industrie, l’agriculture moderne, la transformation locale de nos matières premières et l’accompagnement des entrepreneurs béninois.
Nous ne devons plus seulement chercher à importer des produits. Nous devons apprendre à les fabriquer.
Nous ne devons plus seulement exporter nos matières premières. Nous devons apprendre à les transformer.
Nous ne devons plus seulement accueillir des investissements. Nous devons créer progressivement des entreprises béninoises capables de devenir elles-mêmes des acteurs majeurs de notre économie.
C’est là que je vois toute la pertinence d’un partenariat stratégique avec la Chine.
La Zone industrielle de Glo-Djigbé, par exemple, illustre cette volonté de passer progressivement d’une économie davantage tournée vers l’exportation de matières premières à une économie qui cherche à transformer localement ses ressources et à créer davantage de valeur et d’emplois.
Mais aucune infrastructure, aussi impressionnante soit-elle, ne pourra à elle seule transformer durablement une nation.
Le développement véritable se trouve dans les hommes et les femmes qui font fonctionner les infrastructures.
Il se trouve dans la compétence d’un jeune technicien, dans l’ingéniosité d’un entrepreneur, dans la créativité d’un ingénieur, dans la rigueur d’un gestionnaire, dans la capacité d’un agriculteur à utiliser les nouvelles technologies et dans la volonté d’une génération entière de croire que le Bénin peut produire pour lui-même et pour le monde.
C’est également pourquoi je crois que la coopération sino-béninoise doit être pensée comme une coopération entre générations.
Ce que nous construisons aujourd’hui ne doit pas seulement profiter à ceux qui vivent actuellement au Bénin. Cela doit également servir à ceux qui naîtront demain.
Une bonne coopération ne se mesure donc pas uniquement au nombre de projets réalisés, mais à la capacité qu’elle donne à un pays de continuer à avancer lorsqu’un projet est terminé.
C’est cette autonomie progressive que nous devons rechercher.
Le Bénin doit pouvoir apprendre de la Chine sans perdre son identité, bénéficier de son expérience sans renoncer à sa propre créativité et accueillir ses investissements tout en développant ses propres champions économiques.
La Chine peut nous montrer qu’un pays peut changer lorsqu’il décide de regarder loin devant lui. Mais personne ne construira le Bénin à notre place.
C’est à nous de travailler.
C’est à nous de former notre jeunesse.
C’est à nous de valoriser nos talents.
C’est à nous de transformer nos ressources.
C’est à nous, enfin, de faire de chaque partenariat une opportunité d’apprentissage et non une simple dépendance.
Mon regard sur la coopération sino-béninoise est donc simple : le plus grand bénéfice que nous pouvons tirer de ce partenariat n’est pas seulement ce que la Chine peut construire au Bénin, mais ce que le Bénin peut apprendre à construire lui-même grâce à cette coopération.
Le partenariat sino-béninois ne doit pas être une destination.
Il doit être un accélérateur de notre propre transformation.
Et si nous savons tirer les bonnes leçons de l’expérience chinoise, alors peut-être qu’un jour, lorsqu’on parlera du développement du Bénin, nous ne parlerons plus seulement de ce que nos partenaires ont fait pour nous.
Nous parlerons surtout de ce que nous avons appris à faire nous-mêmes.
C’est peut-être cela, au fond, la véritable réussite d’une coopération : arriver au point où l’aide devient compétence, où la compétence devient production, où la production devient richesse et où la richesse devient développement.
Le Bénin ne doit pas chercher à devenir la Chine.
Il doit simplement apprendre, avec ses partenaires, à devenir pleinement lui-même.
Les champs obligatoires sont indiqués avec *