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Chronique : quand le regard et le bonjour deviennent une monnaie sociale universelle

Par LTC Admin - 27/08/2026
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*CHRONIQUE*


*LE REGARD A FAIT PARLER LES AVEUGLES...*


 *Par Naïm Akibou Ambassadeur*


Je croyais avoir écrit une simple chronique sur le regard. Erreur !

J'avais, sans le savoir, convoqué un colloque international sur le bonjour, l'indifférence, la dignité humaine et... l'ophtalmologie relationnelle.

À peine la rubrique « Le regard, cette monnaie invisible : quand l'indifférence coûte plus cher qu'un refus » publiée, les réactions se sont multipliées.

Les uns ont défendu la gratitude.

D'autres ont plaidé pour la réciprocité.

Quelques-uns ont recommandé le lâcher-prise.

Et certains ont même comparé le salut africain à la culture professionnelle occidentale. Comme quoi, il suffit parfois d'un simple regard... pour ouvrir les yeux de tout le monde.


*LE PARTI DU LÂCHER-PRISE*

Les premiers lecteurs ont estimé qu'il était inutile de rechercher sans cesse la validation dans le regard des autres.

Pourquoi courir après celui qui refuse obstinément de vous voir ? Pourquoi mendier un sourire ?

Autant réserver son affection à ceux qui savent déjà nous apprécier. Cette philosophie présente un avantage incontestable.

Elle ménage les nerfs.

Elle protège le cœur.

Et elle évite quelques consultations chez le cardiologue.


*LA MALADIE DES PARVENUS*

Un autre lecteur fit remarquer qu'il existe une étrange affection qui frappe certaines personnes dès qu'elles changent de statut social.

Hier encore, elles saluaient tout le quartier.

Aujourd'hui, elles reconnaissent instantanément un ministre, un directeur général ou un homme d'affaires.

En revanche, leurs anciens camarades deviennent mystérieusement invisibles. Les spécialistes parlent de réussite sociale.

Moi, je soupçonne une cataracte sélective.


*LA RÉPUBLIQUE DE LA RÉCIPROCITÉ*

Puis arriva mon frère Mouftaou.

Il prit respectueusement le contre-pied de mon analyse.

Pour lui, il faut exister d'abord pour soi-même et non dans le regard d'autrui. Son principe est d'une simplicité biblique :

Tu me vois ?

Je te vois.

Tu ne me vois pas ?

Je poursuis tranquillement mon chemin.

Aucune rancœur.

Aucun drame.

Une parfaite réciprocité.

Même le chanteur MHD fut appelé à la barre comme témoin de moralité :

 « Tu m'aimes, je t'aime. Si tu ne m'aimes pas, eh bien, c'est réciproque. » Avouons que la démonstration possède une redoutable logique.


*LE BONJOUR DEVANT LE TRIBUNAL DES CIVILISATIONS*

Puis un autre lecteur déplaça le débat.

Selon lui, il ne s'agit plus seulement de regard.

Il s'agit de civilisation.

En Afrique, saluer est presque un devoir sacré.

Ne pas saluer est souvent perçu comme une marque de mépris.

Faire semblant de ne pas voir quelqu'un relève parfois de l'impolitesse pure et simple. Mais dans certaines sociétés occidentales, expliqua-t-il, la logique diffère.

On peut arriver au bureau sans faire le tour des bureaux pour saluer tout le monde. L'efficacité professionnelle prime parfois sur les longues civilités.

Une vision qui peut dérouter un Africain pour qui le bonjour précède souvent le travail. Le débat prenait alors une dimension anthropologique.


*LE BONJOUR EST-IL UNE PERTE DE TEMPS ?*

Notre lecteur allait plus loin.

À force de saluer tout le monde, disait-il avec humour, on risque parfois d'arriver en retard à son propre rendez-vous.

Il n'avait pas entièrement tort.

Imaginez un Portonovien traversant le grand marché. À chaque dix mètres :

 Bonjour !

 Bonjour !

 Comment va la famille ?

 Et les enfants ?

 Et la santé ?

 Et le travail ?

Au bout d'une heure, notre homme découvre qu'il n'a toujours pas acheté le moindre kilogramme de tomates.


*DIOGÈNE S'INVITE DANS LE DÉBAT*

La réflexion devenait ensuite franchement philosophique.

En paraphrasant Diogène, notre lecteur rappelait que celui qui pense n'avoir besoin de saluer personne se croit peut-être autosuffisant.

Or l'homme n'est pleinement homme que parce qu'il vit avec les autres. Nos imperfections nous obligent à vivre ensemble.

Et vivre ensemble suppose quelques règles de courtoisie.

Autrement dit, le salut n'est pas seulement une formule.

C'est un aveu discret de notre interdépendance.


*LE PROVERBE YORUBA PLAIDE NON COUPABLE*

Face à ces critiques, je persiste à croire que la vieille maxime yoruba n'encourage pas à vivre sous le regard des autres.

Elle nous invite plutôt à cultiver la gratitude.

Elle nous apprend que même un regard furtif constitue déjà une reconnaissance de notre existence.

Et que la bienveillance mérite toujours davantage d'être saluée.

Les proverbes africains n'ont jamais eu vocation à distribuer des ordres. Ils proposent des pistes de réflexion.

Ils ouvrent les portes.

Ils ne les ferment jamais.


*LA GRANDE VICTOIRE... DU DÉBAT*

Ce qui m'a le plus réjoui n'est finalement pas d'avoir eu raison. C'est d'avoir eu des contradicteurs de qualité.

Les débats ne servent pas à fabriquer des vainqueurs.

Ils servent à fabriquer des idées.

Un article cesse d'appartenir à son auteur dès l'instant où les lecteurs commencent à le contredire intelligemment.

À ce moment-là, il devient un bien commun.


*CONCLUSION : LE BONJOUR EST PEUT-ÊTRE LE PLUS PETIT INVESTISSEMENT QUI RAPPORTE LE PLUS*

Au fond, toute cette discussion nous ramène à une vérité simple. Le regard reconnaît.

Le salut rapproche.

La politesse apaise.

La réciprocité protège la dignité.

Et la gratitude protège le cœur.

Les quatre peuvent parfaitement cohabiter.

Comme le dirait un vieux sage africain, avec un sourire malicieux :

 « Si tu refuses de saluer tout le monde parce que tu es pressé, fais au moins attention à ne pas dépasser le bonheur qui, lui aussi, marche parfois à pied. »

Et un autre ajouterait :

 « L'homme qui ne voit personne finit souvent par découvrir, un beau matin, que plus personne ne le voit non plus. »

Décidément, un simple « bonjour » est parfois la plus rentable des monnaies... et le regard le plus discret des investissements sociaux.

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